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Aude Debreil

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Directrice générale de l’Etablissement public d’aménagement de Sénart

Conserver les moyens de faire évoluer les sites commerciaux dans le temps

Aude Debreil dirige l’Établissement public d’aménagement de Sénart, dont le territoire d’intervention réunit 10 communes de la Seine-et-Marne et de l’Essonne. Elle répond à nos questions sur la manière dont l’aménageur aborde la nécessaire évolution des sites commerciaux.

Quel peut être le rôle de l’aménageur face aux mutations que connaît le commerce ?

C’est une question importante car nous voyons bien, sur le territoire de Sénart, les enjeux urbains qui se profilent derrière les évolutions du commerce et par voie de conséquence celles des sites où il est implanté. Nous le voyons d’autant mieux que, étant présents depuis 40 ans, nous commençons même à réintervenir dans des secteurs que nous avions nous-mêmes aménagés à l’origine. La question de l’évolution se pose à toutes les échelles, aussi bien dans la ville constituée qu’à sa périphérie ou sur les grands pôles de destination. Ma position est que, si nous ne pouvons pas toujours imaginer l’avenir et les évolutions des modes de vie, notre responsabilité est de conserver des moyens d’action pour accompagner et faciliter les changements nécessaires.

Quels sont ces moyens d’action ?

Quand nous travaillons avec des opérateurs immobiliers, l’initiative nous revient de construire avec eux une relation partenariale pour partager la responsabilité de l’avenir. Sans être naïf bien sûr, et en utilisant le pouvoir que nous donnent les cahiers des charges de cession de droits à construire et nos réserves foncières pour faire respecter les engagements initiaux ou les faire évoluer. Nous dialoguons avec Unibail, qui poursuit d’importants investissements à Carré Sénart, comme avec Frey, qui vient de racheter le centre Maisonément à Boissénart et veut le transformer. Tant mieux s’il crée ainsi de la valeur, à condition qu’elle respecte la qualité urbaine et ne menace pas les équilibres du territoire. C’est de cela que nous discutons ensemble.

Ces équilibres sont-ils faciles à maintenir ?

Non bien sûr, ils sont fragiles. Et, pour mieux les appréhender, nous aurions besoin d’une réflexion prospective, partagée avec l’ensemble des acteurs du territoire et à ses différentes échelles, mais la réforme des institutions territoriales est venue repousser son élaboration . Ce que nous observons, en tout cas, ce sont les conséquences urbaines potentiellement lourdes du départ ou du déplacement d’une enseigne, ou de la vacance commerciale en centre-ville.

Par exemple ?

Nous sommes actuellement mobilisés sur le transfert d’un supermarché qui doit quitter le centre d’une commune pour un emplacement périphérique. Inquiète des conséquences, la mairie nous a demandé d’intervenir à la fois pour retraiter le site de départ et pour veiller à la qualité de l’implantation future. Un autre exemple concerne une commune qui prépare une opération de renouvellement urbain avec l’ANRU et pour laquelle nous développons parallèlement un nouveau quartier. Il y a nécessairement du commerce dans les deux opérations : comment créer une offre de proximité en périphérie tout en revitalisant la centralité ?
Les problématiques commerciales, dans des formes toujours plus variées et complexes, deviennent un thème récurrent d’intervention pour nous. Nous réfléchissons aux moyens de rendre les aménagements plus mutables mais aussi de sensibiliser les communes aux évolutions de leur environnement, afin de mieux les anticiper.

Janvier 2017

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