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Et si la santé du commerce en ville était aussi une affaire de compétence des acteurs publics ?

Modern shopping street and people in urban city with cement road at night
Jerome Le Grelle, Président de Convergences-CVL

Les aménageurs et les opérateurs privés qui travaillent ensemble à la création de “nouveaux quartiers” ont appris à créer les conditions d’un commerce qui fonctionne. On se prend à rêver de voir ce savoir-faire appliqué aux quartiers “anciens” en souffrance commerciale, ce qui interroge très directement la compétence des acteurs publics en la matière.

Emplacement, masse critique, merchandising, continuité des parcours chalands, volumes, vitrines… les aménageurs ont compris. Ils s’entourent désormais de conseils pour optimiser la conception des pieds d’immeubles commerciaux dans leurs opérations. Ces derniers sont de plus en plus souvent cédés à un acquéreur unique qui va recruter les commerçants dans les activités et le niveau de gamme prévus et veiller, par une gestion adéquate, à la pérennité de l’offre.

Sur le segment des rez-de-chaussée commerciaux des projets urbains, l’expertise des acteurs est aujourd’hui avérée. Aménageurs, promoteurs immobiliers, investisseurs et gestionnaires,  savent collectivement créer les conditions de succès du commerce dans les opérations de développement urbain.

Pourquoi ne pas utiliser ce savoir-faire pour la redynamisation commerciale des quartiers existants ? On sait faire le diagnostic de ce qui ne fonctionne plus. On sait aussi préconiser les mesures curatives. On sait, une fois ces mesures mises en oeuvre, remettre sur le marché un ensemble de cellules dotées de suffisamment de commercialité pour trouver preneur. Ce n’est pas facile, mais les solutions existent.

Il reste quand même un obstacle sérieux : la fragmentation de la propriété commerciale. Comment mettre en place une offre pertinente, ciblée et équilibrée quand les locaux qui doivent les accueillir appartiennent à une multitude de propriétaires aux profils et aux intérêts très divers ?

Le contrat de revitalisation artisanale et commerciale (CRAC), actuellement en phase expérimentale, est peut-être l’outil juridique qui manquait. Au terme d’une procédure de déclaration d’utilité publique permettant la préemption ou l’expropriation des fonds de commerces ou des baux dans un périmètre donné, la collectivité publique peut confier à un opérateur de son choix, après mise en concurrence, le soin de procéder aux acquisitions et travaux puis de recommercialiser les locaux.

Vu sous cet angle, le CRAC permet à la collectivité de mobiliser les compétences nécessaires à la revitalisation commerciale d’un secteur dans une prestation quasi “clé en main”. À condition toutefois qu’elle soit prête à :

  • Reconnaître la nécessité d’un projet à la fois urbain et commercial
  • Organiser la mise en concurrence d’opérateurs spécialisés
  • Porter politiquement un projet relativement “violent” pour les propriétaires visés.

Toutes les villes concernées par le déclin du commerce en leur coeur en seront-elles capables ? Rien n’est hélas moins sûr dans l’état actuel des compétences des collectivités locales, notamment des plus petites d’entre elles qui sont aussi les plus touchées.

Il n’en est pas moins vrai que la réussite du commerce est davantage une affaire d’expertise et de détermination que de protection et de réglementation.

Voilà pourquoi la montée en compétence des collectivités territoriales est un enjeu clé de la sauvegarde du commerce dans les villes.

Mars 2017

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